Les trois principaux paradigmes explicatifs du comportement électoral (Mayer & Perrineau, 1996)

En sociologie politique, trois principaux paradigmes se sont succédés afin d’expliquer le comportement électoral (Mayer & Perrineau, 1996)  :

  • Lazarsfeld et ses collaborateurs (Lazarsfeld, Berelson, & Gaudet, 1948) fondent leurs explications sur  les caractéristiques sociales (c.-à-d. le groupe social d’appartenance) des individus afin de définir leurs préférences politiques.  Des variables telles que le lieu de résidence, la religion, le statut social qui seraient, suivant  plus à même que la campagne électorale de déterminer le choix électoral de chacun selon le modèle socioéconomique. Ainsi, lors de leur étude célèbre par panels, il est apparu comme principal résultat que la campagne électorale renforce les préférences électorales liées au groupe d’appartenance, mais ne les modifient pas.
  • le modèle dit psycho-politique élaboré par les chercheurs du Survey Research Center de l’université du Michigan s’oppose au déterminisme sociodémographique prôné par Lazarsfeld et son équipe (Campbell, Converse, Miller, & Stokes, 1960). Sur une base développementale et motivationnelle, ces chercheurs avancent comme principale variable explicative : l’identification partisane. Durant leur enfance, les électeurs seraient soumis à un mécanisme d’attachement durable à un des grands partis américains. Ce mécanisme serait renforcé par la suite par les milieux sociaux où l’individu prendrait place. Sur cette base, l’identification partisane jouerait le rôle de filtre perceptif dans la lecture des informations politiques altérant les jugements des électeurs sur les candidats et les enjeux. Ce modèle présume un attachement à long terme où l’électeur américain moyen est présenté de façon stéréotypée comme apathique, mal informé, etc. et ou les changements de comportements ont peu de place.
  • Rejetant le déterminisme des deux précédents, le troisième modèle met l’acteur au centre des choix électoraux. Dans une perspective utilitariste, ce modèle postule que le comportement de l’électeur est rationnel et se rapporte aux coûts/avantages pouvant se dégager de son choix électoral. Les candidats sont jugés et évalués en rapport avec leurs performances passées et attendues. Ce choix se ferait aussi suivant la perspective positionnelle (individuelle/sociale) suivant laquelle l’électeur réalise ses évaluations.

Nonna Mayer et Pascal Perrineau (1992) mettent en avant le caractère complémentaire de ces différents modèles explicatifs. Afin de saisir au mieux le comportement électoral, le processus décisionnel doit être perçu dans son ensemble à la fois sur le plan des prédispositions politiques des électeurs et des facteurs conjoncturels. Les premières sont le fruit des mécanismes de socialisation, les seconds sont liés à la nature de l’élection et au contexte politique et économique au sein duquel elle prend place.

Dans ce cadre, il est possible d’associer la théorie des représentations sociales comme système de croyances partagées et les processus de catégorisation sociale (Baugnet, 1988). Plus précisément, la conjoncture économique et politique amène, selon nous, à une saillance catégorielle particulière qui peut amener l’individu à se positionner en tant que membre d’un groupe particulier. Suivant l’importance identitaire que revêt l’élection (Gaffié & Marchand, 2001), des grilles de lecture idéologique sont appliquées aux événements politiques et, dialectiquement, à la perception du contexte politique et économique. A ces filtres perceptifs s’associent les croyances partagées par la catégorie sociale rendue saillante qui, par leurs différentes fonctions, orientent et justifient le comportement électoral.

Références :

Baugnet, L. (1988). Naissance d’une identité collective. L’exemple wallon. Ecole des hautes études en sciences sociales.

Campbell, A., Converse, P., Miller, W. E., & Stokes, D. E. (1960). The American Voter. New York: Wiley.

Gaffié, B., & Marchand, P. (2001). Dynamique représentationnelle et idéologie. Dans P. Moliner (Éd.), La dynamique des représentations sociales (pp. 195-244). Grenoble: Presses Universitaires de Grenoble.

Mayer, N., & Perrineau, P. (1992). Les comportements politiques. Paris: Armand Colin.

Mayer, N., & Perrineau, P. (1996). Les modèles d’analyse des comportements électoraux. Cahiers français, 276, 41-50.

Les liens pointent vers des supports de cours du département de Science politique de l’UQAM et de l’ULB

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s