Cadres et cadrage (Scheufele, 2000)

De façon identique à l’Agenda Setting, le cadrage se décompose en trois étapes distinctes (Scheufele, 2000) :

–          L’élaboration des cadres (frame building) s’intéresse aux variables pouvant intervenir dans la structure des articles en termes de cadres (frames). Les chercheurs retiennent cinq facteurs intervenant dans cette élaboration : les normes et valeurs, pressions et contraintes organisationnelles, les routines journalistiques, les orientations politiques ou idéologiques des journalistes et les pressions des groupes d’intérêts (Baylor, 1996).

–          L’imposition des cadres (frame setting). Les recherches centrées sur le frame-setting cherchent à analyser les influences possibles du cadrage médiatique en tant que variable indépendante sur les cadres du public comme variable dépendante. De vreese (2003, pp.24-25) conçoit le frame setting comme « […] l’interaction entre les prédispositions et connaissances antérieures des individus et les cadres médiatiques. Il nous faut considérer les effets du frame-setting à la fois à un niveau individuel et sociétal. Les cadres médiatiques peuvent influer sur l’interprétation, l’apprentissage et l’évaluation des questions et des évènements. »

–          Les conséquences individuelles du cadrage. Dans ces recherches, l’intérêt des chercheurs se porte sur les éventuelles répercussions des cadres de référence du public soit sur leurs attributions, soit sur les pratiques du groupe.

Plusieurs définitions des cadres coexistent. Reese (2001, p.11) les définit comme « […] des principes organisateurs qui sont socialement partagés et persistants à travers le temps, qui travaille symboliquement à structurer significativement le monde social. ». Baylor (1996, p.242) les définit comme « un ensemble d’idées qui interprète, définit et donne sens aux phénomènes culturels et sociaux ». En appartenant au même système culturel, les médias et le public partageraient les mêmes cadres. Dès lors, les médias vont utiliser des cadres familiers et qui ont une résonance au sein du public.

Valkenburg, Semetko et de Vreese (1999) identifient quatre cadres utilisés habituellement par les journalistes. Ces cadres sont dits génériques (de Vreese, 2005) par opposition aux cadres spécifiques à des problèmes particuliers. Au travers le cadre conflictuel, les journalistes structurent leurs histoires autour d’un conflit entre parties. Ce conflit apparait comme étant inhérent à la question traitée. Ce cadre est appliqué le plus souvent aux informations électorales. Le cadre dit de l’« intérêt humain » se concentre sur l’individu et insiste sur les aspects émotionnels. Le cadre d’ « attribution de responsabilité » rend responsable ou blâme des individus ou des institutions. Le cadre des « conséquences économiques » se centre sur les conséquences économiques que peut avoir un événement sur le public.

Shanto Iyengar (1991) a donné cette définition du cadrage (Frame-setting) : « altérations subtiles dans la définition ou présentation des problèmes de jugement ou de choix et les changements résultants de ces altérations dans les décisions subséquentes » (p. 11). Le cadrage peut influer sur les attributions faites par les individus (Iyengar, 1990, 1991). L’utilisation de cadres épisodiques et thématiques dans les informations a été manipulée afin de savoir si cela influe sur l’interprétation d’une histoire par des téléspectateurs (Iyengar, 1990). La distinction entre cadres épisodiques et cadres thématiques se résume ainsi : les premiers se rapportent à un évènement spécifique ou à un incident (p.ex. pour l’objet ‘pauvreté’, les problèmes financiers d’un ouvrier de l’industrie automobile au chômage) tandis que les seconds se rapportent à une question plus large (p.ex. une juxtaposition du taux de chômage avec la taille du déficit national). Le cadrage de la pauvreté en termes épisodiques amène davantage le public à envisager la pauvreté en termes de responsabilité individuelle (comme un manque d’effort et de motivation). Le cadrage thématique entraine de la part du public une perception de la société comme responsable du problème de la pauvreté.

Références bibliographiques :

Baylor, T. (1996). Media framing of movement protest: the case of American Indian protest. The Social Science Journal, 33(3), 241-256.

de Vreese, C. H. (2003). Framing Europe: Television News and European Integration. Amsterdam: Aksant.

de Vreese, C. H. (2005). News Framing: Theory and typology. Information Design Journal + Document Design, 13(1), 51-62.

Iyengar, S. (1990). Framing responsibility for political issues: The case of poverty. Political Behavior, 12, 19-40.

Iyengar, S. (1991). Is anyone responsible? How television frames political issues. Chicago: University of Chicago Press.

Reese, S. D. (2001). Prologue – Framing Public Life: A Bridging Model for Media Research. Dans S. D. Reese, O. H. Gandy & A. E. Grant (Éds.), Framing Public Life: Perspectives on Media and our Understanding of the Social World (pp. 7-31). Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum Associates.

– Scheufele, D. A. (2000). Agenda-Setting, Priming, and Framing Revisited: Another Look at Cognitive Effects of Political Communication. Mass Communication & Society, 3(2&3), 297-316.

Valkenburg, P. M., Semetko, H. A., & de Vreese, C. H. (1999). The effects of news frames on readers’ thoughts and recall. Communication Research, 26, 550-569.

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